Les protestants se mobilisent pour les réfugiés

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Sous la houlette de la Fédération de l’Entraide protestante, l’accueil des réfugiés irakiens et syriens s’organise. Exemples sur le terrain à Orthez et Vinsobres.

Dimanche 13 septembre Culte à Biarritz 9h30 et Bayonne 11h
Si le monde protestant ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il en prend au moins sa part. En une année, entre 130 et 150 Irakiens et Syriens (tous détenteurs d’un visa, première étape avant d’obtenir le statut officiel de réfugié) ont été accueillis dans des logements que particuliers, municipalités et paroisses ont mis à leur disposition par l’intermédiaire de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP). Depuis l’appel lancé en septembre 2014 par le Comité des appels d’urgence du protestantisme, Adrien Sekali, coordinateur de cette opération d’accueil à la FEP, dit recevoir en moyenne une proposition de logement par semaine. En outre, 72 000 euros de dons ont été collectés et répartis entre deux associations partenaires actives sur place : Medair et Action chrétienne en Orient. Autant de témoignages de la mobilisation du protestantisme.

Un suivi des familles

Comment cela se manifeste-t-il sur le terrain ? À Orthez (Pyrénées-Atlantiques), petite ville de 11 000 habitants, l’Église évangélique libre et l’Église protestante unie ont rencontré le maire qui a accepté de mettre à disposition deux appartements. Le dossier a été validé par la FEP, chargée d’identifier les populations les plus fragiles et de les mettre en relation avec des accueillants. C’est ici que le 9 septembre 2014 un jeune couple et ses deux enfants ont retrouvé un peu de paix. Une seconde famille devrait bientôt les suivre. Leur arrivée a été soigneusement préparée et nombre de leurs besoins anticipés : démarches administratives, inscription à l’école, apprentissage du français, déplacements… « Nous avons préparé les gens décidés à s’impliquer dans les deux paroisses avant même de savoir qui viendrait », indique Anne-Marie Feillens, pasteure de l’ÉPUdF locale. En tout, entre 40 et 50 personnes se sont mobilisées, que ce soit pour une aide ponctuelle, comme le ménage, un soutien financier ou autre.

Afin de structurer un accompagnement à long terme, qui peut s’avérer lourd, une assemblée générale se tiendra au milieu du mois pour constituer une association non confessionnelle, ouverte à tous les Orthéziens. Adrien Sekali insiste d’ailleurs sur l’importance de constituer un collectif chargé du suivi de chaque famille, pour une répartition durable des tâches. « D’autres structures d’État accueillent aussi. Ce qui nous différencie, c’est le côté fraternel, que nous offrons gratuitement, sans préjugé ni distinction », ajoute le représentant de la FEP. Une chaleur humaine indispensable pour des personnes sur la route depuis de longs mois, souvent traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Alors, quand « des gens qui ne voulaient pas avoir d’enfant là-bas ont envie d’en avoir ici, c’est très touchant », résume-t-il.

Deux guides édités par la FEP

À Vinsobres (Drôme), qui recense 1 200 âmes, c’est le presbytère qui accueille une famille irakienne de six personnes, dont deux membres supplémentaires devraient arriver le 14 septembre. Les préoccupations sont les mêmes : « Nous restons attentifs à nos limites humaines et matérielles », reconnaît Jean-Claude Boudeaux, coordinateur du comité interassociatif qui a été créé pour assurer un suivi auprès des réfugiés. Chaque semaine une famille prend ainsi en charge les déplacements de ces personnes. Depuis leur arrivée en mai, elles trouvent peu à peu leurs marques. Il est encore trop tôt pour parler d’avenir, mais un programme d’apprentissage du français a été mis en place ainsi qu’un certain nombre d’activités. L’idée étant de leur permettre de se reconstruire. Car si les deux concerts qui ont été donnés en avril et en juin – avec chaque fois un public d’une centaine de personnes – ont permis de récolter 2 500 euros (sans compter les sommes versées contre un reçu ou après-coup), l’objectif est de les aider à avancer vers une autonomie totale. « Il faut maintenant que l’État prenne le relais », affirme Jean-Claude Boudeaux.

Durant cette attente – qui concernera bientôt quelques centaines de cas pour la FEP, qui prévoit d’accueillir 150 personnes de plus d’ici à juin 2016 –, les institutions protestantes souhaitent garder les communautés mobilisées. « Nous recevons le double de demandes d’hébergement (400 environ) par rapport aux propositions d’accueil qui nous sont faites (200) », explique Pauline Simon, chargée de communication à la FEP. Les besoins restent grands, surtout au regard des chiffres de l’Ofpra : 3 340 demandes d’asile irakiennes et syriennes ont été reçues, et presque toutes acceptées, depuis début 2015. Sensible, comme tant autres, à cette situation, Georgina Dufoix et son mari ont décidé de mettre à disposition deux grands appartements. Ce qui sous-entend de renoncer à leur location. Leur motivation ? « C’est très simple : accueillir l’étranger et, pour les chrétiens, le fait qu’ils sont persécutés à cause de leur foi. Comme nos ancêtres. Si ces derniers n’avaient pas trouvé des gens pour les accueillir, nous ne serions pas là », explique-t-elle.

Pour que le mouvement continue même si l’émotion s’essouffle, la parution de deux guides édités par la FEP est programmée pour la semaine du 14 septembre : l’un indiquera les différentes façons d’aider les réfugiés, l’autre répondra aux principales questions des familles d’accueil. En outre, le Comité des appels d’urgence du protestantisme n’a pas hésité à interpeller les pouvoirs publics dans son plaidoyer du 8 septembre, en faveur notamment d’un débat national sur la question migratoire, de l’accueil d’au moins un million de réfugiés en Europe et d’un assouplissement des conditions de demande d’asile.