Fonctionnement presbytérien-synodal

EGLISE PROTESTANTE UNIE        Bayonne-Biarritz

Le fonctionnement institutionnel de l’Église unie de France

l’Église protestante unie de France (EPUdF) fonctionne selon le système presbytérien-synodal dont les racines remontent sans doute à Martin Bucer. Ce système essaye de trouver un équilibre entre l’échelon local, ou « presbytérien », et l’ensemble des échelons collectifs, ou « synodal ».

Institutionnellement, l’EPUdF est une union d’églises locales. Son support juridique est « l’Union nationale des associations cultuelles de l’Église protestante unie de France » (UNACEPUdF, appelée l’Union ci-dessous), elle même membre de la Fédération protestante de France. Chaque Église locale est constituée en association cultuelle de la loi de 1905. Elle est dirigée par un conseil presbytéral, élu pour quatre ans par l’assemblée générale. Ce conseil élit en son sein son président et son bureau, et autant de délégués synodaux qu’il y a de postes pastoraux dans cette Église.

Ces délégués et les pasteurs de l’Église sont ses représentants au synode régional, qui est ainsi constitué d’autant de laïcs que de pasteurs (1). Le synode régional élit un conseil régional, pour quatre ans, lui aussi plus ou moins « paritaire », qui élit en son sein un président et un bureau. Le président du conseil régional, – nécessairement un pasteur – est en quelque sorte le « chef de l’exécutif » régional. De nos jours, la tâche de président du conseil régional est une tâche à plein temps. Celui-ci abandonne donc son ministère paroissial le temps de sa présidence. L’habitude est que, sauf départ à la retraite, il retourne en paroisse après. Il n’y a pas de hiérarchie ecclésiastique ni plusieurs « grades » dans le corps pastoral.

Le synode régional élit aussi en son sein, pour trois ans, des délégués, laïcs et pasteurs, qui constituent le synode national, instance suprême en matière d’organisation de l’EPUdF (2). Le synode national élit, pour quatre ans, un conseil national qui élit en son sein un président. Le président du conseil national, nécessairement un pasteur, est le « chef de l’exécutif » national. C’est a fortiori une tâche à temps plein.

Le fonctionnement de l’ensemble est un subtil équilibre des « pouvoirs » entre ces instances. Fondamentalement, les Églises locales sont souveraines, mais elles s’engagent, en adhérant à l’Union, à respecter les décisions des synodes nationaux, et à se soumettre à la Constitution de l’EPUdF, qui confie un certain nombre de prérogatives au conseil régional et à son président.

Ainsi, par exemple, le nombre de postes pastoraux à pourvoir et leur affectation à telle ou telle Église est de la compétence du conseil régional, en concertation, naturellement, avec les Églises locales. Mais le choix d’un pasteur déterminé pour pourvoir un poste est de la compétence du conseil presbytéral. Nul ne peut forcer une Église locale à accepter un pasteur, comme nul ne peut forcer un pasteur à accepter un poste particulier. Le choix d’un pasteur est donc une affaire de choix mutuel. La nomination d’un pasteur dans un poste doit recevoir l’aval du conseil régional.

Une fois nommé dans un poste, le pasteur est rémunéré par l’échelon régional selon un barème national. Chaque Église locale envoie une contribution à la région pour pourvoir à ses dépenses, au premier rang desquelles les salaires des pasteurs. Cette contribution est négociée très ouvertement entre Églises et avec le conseil régional. Ceci permet une solidarité entre Églises, les plus petites versant une contribution inférieure au coût d’un poste pastoral. La région à son tour envoie une contribution à l’échelon national, lequel prend soin de la retraite des pasteurs, de leur formation via l’Institut Protestant de Théologie, etc…

La paroisse est donc dirigée par un « exécutif à deux têtes » : le président du conseil presbytéral, généralement un laïc, et le pasteur, généralement vice-président du conseil (avec un laïc), permanent, théologien, et aussi représentant de l’Union nationale au sein de sa paroisse. Le pasteur n’est pas un « prêtre ». L’Église ne lui reconnaît aucun rôle, sacramentel ou autre, que tout autre laïc ne puisse remplir. Ainsi, l’opposition pasteur/laïc n’est pas fondée. Mais de fait, en fonctionnement normal, le pasteur oriente très fortement la vie de son Église locale, et il s’agit donc d’un ministère essentiel dans l’Église, premier mais pas supérieur.

L’ensemble des règles de fonctionnement et d’évaluation des ministères fait qu’un pasteur passe en général entre 5 et 12 ans dans un même poste. Et bien sûr, si le choix mutuel est une affaire de séduction, il y aussi des cas de divorce… C’est le conseil régional qui essaye de gérer les crises, qui peuvent se terminer par le départ du pasteur. L’Union n’a pas le pouvoir de dissoudre un conseil presbytéral.

Autre exemple d’équilibre presbytérien-synodal : les sujets de fond mis à l’ordre du jour du synode national doivent nécessairement avoir été examinés par les Églises locales et les synodes régionaux auparavant. Les motions établies par ces synodes nourrissent la réflexion du synode national qui en tient compte dans sa résolution finale. C’est cette procédure qui a été suivie pour aboutir à la fusion de l’Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, demandée par les deux synodes nationaux en 2007, et qui doit être proclamée au premier synode national de l’Église unie, en 2013 à Lyon.

Il est constitutif de l’attitude protestante d’estimer qu’une telle organisation ne soit jamais parfaite, qu’elle doive toujours être remise en question et améliorée, selon le vœux de Luther pour l’Église: reformata et semper reformanda.

Pierre Bernhard

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(1) En fait plus de laïcs que de pasteurs, parce que quand un poste pastoral est vacant, l’Église locale concernée délègue un laïc à sa place.
(2) En matière d’organisation, objet de ce texte. En matière de foi, l’Église protestante unie ne reconnaît d’autre autorité que celle de Jésus-Christ tel que nous le révèlent les évangiles. Elle cherche à discerner la parole de Dieu dans la lecture de la Bible, éclairée par le témoignage intérieur du Saint Esprit.

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