Face à la tentation – Prédication d’Yves

Pour le commun des mortels,  pour vous, pour moi que signifie la tentation ? Être tenté, c’est être séduit, c’est être détourné du droit chemin. Tricher lors de sa déclaration de revenus, conduire à une vitesse excessive, boire en grande quantité un alcool à la saveur agréable. Tout cela est illégal, immoral, néfaste à la santé et chacun le sait. Face à cette tentation, on cède ou bien in ne cède pas. En tout cas, les choix sont clairs : d’un côté, l’appel du droit chemin, de l’autre, la tentation de suivre ce que l’on sait très bien être le mauvais chemin… Il n’y a pas d’équivoque possible.

Pour Jésus, les choses ne sont pas aussi simples. Car lorsqu’il est tenté par Satan au désert, il lui est proposé des choses tout à fait convenables : changer les pierres en pain, se jeter du haut du temple en comptant sur le secours des Dieu et de ses anges pour l’empêcher de se tuer, devenir le seigneur du Monde. Tout cela n’a rien de mauvais en soi. Au contraire, cela ressemble à s’y méprendre au bien. Il s’agit apparemment de mettre en pratique son amour, sa foi, son espérance.

La première proposition que Satan fait à Jésus nous paraît excellente. Changer les pierres en pain paraît une bonne idée. Cela pourrait nourrir Jésus qui a faim. La deuxième suggestion paraît tout aussi judicieuse : Jésus pourrait se jeter du haut du temple pour prouver à tous que les anges de Dieu ne vous laisseront pas tomber. Quel témoignage ! Si Jésus l’avait fait tous les habitants de Jérusalem auraient reconnu qu’il était le Messie. Ils l’auraient davantage écouté et cela aurait évité bien des problèmes. La troisième proposition, elle aussi, paraît parfaitement louable. Que Jésus devienne le seigneur du Monde et établisse le royaume de Dieu sur cette terre, qui d’entre nous pourrait être contre ? Nous serions bien contents : plus de guerre, plus de famine, plus de méchanceté. Ainsi ce que Satan propose à Jésus n’a rien de mauvais en soi.

  • Changer les pierres en pain, cela paraît être un acte d’AMOUR pour ceux qui ont faim.
  • Se jeter du haut du temple paraît être un acte d’ESPÉRANCE en la puissance de Dieu.
  • Instaurer le Royaume de Dieu, cela paraît être un acte de FOI et de responsabilité vis à vis de ce monde.

Pourquoi donc ces trois honnêtes propositions que Satan fait à Jésus sont-elles considérées comme trois diaboliques tentations ? C’est la question essentielle de notre débat de ce jour. Ce qui complique encore les choses, c’est que plus tard Jésus va accomplir tout ce que Satan lui a proposé :

  • Il va effectuer des multiplications de pain pour nourrir les affamés.
  • Il va prendre le risque de se jeter lui-même vers la mort, vers le vide, vers la Croix, pour montrer à tous que Dieu peut s’opposer à la mort… Il va ressusciter le troisième jour.
  • Et enfin, à la fin des temps, le Christ instaurera son Royaume, ce sera le Seigneur de ce Monde. Telle est notre ESPÉRANCE.

Ainsi tout le problème pour Jésus et aussi pour nous, c’est de faire la différence. Entre un chemin qui est vraiment le chemin du bien, de la foi, de l’espérance et de l’amour et celui qui fait semblant d’être le chemin de la foi, de l’espérance et de l’amour.

Voilà donc le problème : comment pouvons-nous faire la différence ? Comment pouvons-nous débusquer la ruse de Satan ? Le texte biblique nous indique trois pistes, trois principes.

 Premier principe : Que fait Jésus ? Au nom de quel principe choisit-il ce qu’il doit faire ? Jésus s’en remet à une règle, la règle de sa vie. Jésus est Juif, c’est la loi de Moïse qu’il a reçue de Dieu et de ses ancêtres. Et Jésus décide de l’appliquer en tout état de cause, sans se poser de questions, quelles que soient les circonstances, sans tenir compte de son désir personnel.

La Bible dit :  » l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toutes paroles qui sortent de la bouche de Dieu « . Donc moi, jésus, je dois rester sur ma faim pour continuer à avoir faim de Dieu. Je repousse la première proposition de Satan.

La Bible dit :  » Tu ne tenteras pas ton Seigneur ton Dieu « . Donc, je ne demanderai pas à Dieu de prouver Sa puissance en me jetant du haut du temple. Je repousse la deuxième proposition de Satan. 

La Bible dit :  » Tu adoreras ton seigneur ton Dieu « . Donc, je ne me forgerai pas d’idoles et même mon désir d’instaurer le Royaume de Dieu ne sera pas pour moi une idole. Je repousse la troisième proposition de Satan.

Ces paroles sont dites pour nous servir de modèles. Lorsque nous hésitons entre deux décisions possibles, le mieux est de nous en remettre aux règles que nous nous sommes données, aux engagements que nous avons pris, aux convictions qui sont fondamentalement les nôtres, et ce même s’il nous paraît possible et peut-être m^me souhaitable de les transgresser, pour une fois. C’est justement lorsque nous sommes perplexes qu’il nous faut rester fidèles à notre règle de vie, à notre éducation, à nos convictions. Oui, le courage c’est souvent cela : la fidélité, sans trop savoir pourquoi.

 

Deuxième principe : Pour choisir entre le bien et la Tentation, si nous hésitons entre deux attitudes, deux actions possibles, choisissons celle dont nous tirons le moins de profit pour nous-mêmes. Tirer le moins de profit pour lui-même c’est ce qui incite jésus à repousser les tentations de Satan. 

S’il avait transformé les pierres en pains, il se serait nourri lui-même. S’il s’était jeté du haut du temple, il se serait fait applaudir lui-même pour son courage par tous les habitants de Jérusalem. S’il avait instauré le Royaume de Dieu sur cette terre, on l’aurait pris pour Dieu le Père lui-même. Jésus aurait, alors, tiré un bénéfice personnel, pour sa gloire, pour son désir d’être aimé.

C’est pourquoi Jésus préfère attendre d’être à Bethsaïda  au milieu de milliers de personnes pour multiplier les pains, afin de montrer son amour pour les Hommes. C’est pour témoigner de son espérance en Dieu, au terme de la Passion, qu’il prend le risque de se jeter dans le vide, vers la mort, vers la Croix. Plus tard encore, à la fin des temps, le Christ deviendra, peut-être, le seigneur du monde, mais sans que l’on sache comment il le fait. Il le fera à l’insu de tous. Jésus refuses propositions de Satan parce qu’il ne veut pas servir, à la fois, sa propre gloire, Dieu et les Hommes. Rapporté à nous-mêmes, reconnaissons que c’est souvent le contraire qui se passe : la tentation c’est toujours de jouer sur deux tableaux à la fois. Par exemple, en faisant carrière dans les hiérarchies sociale et politique pour mieux servir son entreprise, son village ou son église, bien sûr, mais aussi pour chercher à plaire et à se plaire et à réussir dans la vie. Chers frères et soeurs, si nous hésitons entre deux chemins, choisissons celui où nous nous effaçons et qui nous efface le plus. l’amour-propre c’est l’amour de Satan.

 

Troisième principe : Si nous hésitons entre deux chemins ; choisissons non pas celui qui force les choses mais celui qui laisse le plus de champ à l’imprévu, à la liberté de dieu, disons à la grâce car nous sommes chrétiens. Ce que Satan propose à Jésus c’est d’ordonner des miracles. ORDONNER, tel est d’ailleurs le mot qu’emploie Satan. Ordonner – commander – décider – forcer les choses – imposer = c’est la tentation du dictateur. Satan dit à Jésus : ordonne des miracles, sur commande. Mais les miracles c’est comme l’amour : ça ne se commande pas. Cela vient lorsque la situation s’y prête. Cela vient par surprise et par grâce, si on laisse le champ libre à l’imprévu, à la grâce, à la surprise et à la liberté de Dieu.

 

En conclusion : Si nous avons un choix à faire, il y a souvent deux sortes de décisions possibles : une qui bloque l’avenir, l’autre qui l’ouvre.

  • Il y a la décision qui FIXE DÉFINITIVEMENT les choses : elle bloque l’avenir.
  • Il y a celle qui attend la grâce d’une surprise, l’occasion d’un miracle, elle laisse ouverte la porte de l’avenir. 

Dans la seconde, c’est agir de telle sorte qu’un retournement de la situation soit toujours possible. Le bon choix c’est cela : laisser la PLACE À LA GRÂCE DIVINE. 

Amen