Culte de la réformation

Culte  commun du 6 Novembre 2016

références du texte: 1 Jean 3 ( chapitre entier).

 

Texte de la prédication de notre pasteure 

Si Luther revenait dans notre église aujourd’hui, à votre avis, quelles thèses placarderait-il sur la porte de notre temple ?Et en étant encore plus ambitieux, si le Christ revenait aujourd’hui au sein de notre communauté, quel message nous apporterait-il ?

Voilà bien l’intérêt de cette « commémoration » ; de cette année qui s’ouvre à nous, l’année « Luther » : non pas se gargariser d’un passé protestant ; pas même se glorifier d’un réformateur ; ni même revendiquer son identité, sa culture protestante. Oh non…

L’intérêt de cette commémoration va être de « secouer le cocotier » de nos églises ; de fracasser nos images taillées, nos perceptions bien personnelles et enfermantes de Dieu, du Christ, et de rebooster notre foi qui doit avoir un véritable impact sur nos vies.

Le programme est annoncé. Rien de nouveau sous le soleil : c’est le contenu de l’Evangile. Exigeant. Et souvent, devant l’exigence, nous nous « arrangeons ». On pense qu’on peut contourner ; acheter ; se détourner ; choisir la facilité ; se fondre dans la masse. Pourtant, je crois que parce que nous avons reçu beaucoup, il nous est demandé beaucoup, comme à des ambassadeurs ; pas comme des petits enfants qui ne font que demander sans cesse en pensant droits et jamais devoirs…

Et voici donc la première épître de Jean, que Luther a commentée largement,sur laquelle nous ne prêchons que très rarement et qui me paraît composée de l’essentiel :

Le chapitre 1 exhorte les croyants à entrer en communion avec Dieu.
Le chapitre 2 souligne que les croyants connaissent Dieu par l’obéissance à sa volonté et leur recommande de ne pas aimer le monde comme on aime Dieu.
Le chapitre 3 appelle tous les hommes à devenir enfants de Dieu et à s’aimer les uns les autres.
Le chapitre 4 explique que Dieu est amour et demeure en ceux qui l’aiment.
Le chapitre 5 explique que les croyants naissent de Dieu par la foi au Christ.

Un contenu de vie qui, on pourrait le dire, développe les deux commandements d’amour : «  Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme de toute ta pensée ; et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Je développerai donc ces 5 points.

Tout d’abord, la communion avec Dieu.

Bien oui, si on est là, c’est que c’est évident pour nous….est-ce si évident que ça d’entrer en communion, en union avec Dieu ?

Entrer en communion avec Dieu, c’est dépasser une « foi » intellectuelle, rationnelle ; c’est dépasser une forme de culture (religieuse, protestante) pour passer à une relation, vivante. C’est parler à Dieu ; c’est nourrir cette relation ; c’est quotidiennement se confier à Lui, pour nourrir le moteur de notre vie.

Voilà bien pour Jean le préalable : Sans cette communion avec Dieu, tu resteras sec, tu resteras noyé dans la masse de ceux qui vivent sans Dieu. Et donc dans le noir, l’obscurité. Pourquoi ? le chapitre 1e de l’épître le dit, comme son Évangile d’ailleurs : «  Dieu EST lumière ».

Le deuxième point abordé par Jean est l’obéissance à la volonté de Dieu et ce message : notre amour pour les choses du monde ne doit pas être comme l’amour que nous portons à Dieu.On peut se dire «  mince alors » : on est placé dans ce monde et il faudrait se transformer en ascète, en prieurs, en ermites ? faudrait-il transformer cette vie sur terre comme une sorte de purgatoire, sans plaisir ?Je pense plutôt que ce texte nous appelle à une introspection sur nos priorités : Est-ce que je vénère plus le Dieu de la consommation que le Dieu de Jésus-Christ ? Est-ce que je suis prêt, dans mon travail, à écraser les autres pour accéder à un poste supérieur ? Est-ce que je critique les autres plus que je ne les bénis ? Est-ce que ma petite personne est bien plus importante que tout le monde ? Est-ce que mes projets, mon entreprise passent avant ma famille ?

La volonté de Dieu ? dans Ta Bible tu la trouveras…enfin, si tu la lis, cette Bible pour laquelle Luther s’est battu pour qu’elle soit traduite en langue usuelle. La volonté de Dieu ? Tu aimeras ton Dieu ; tu aimeras ton prochain.Profite de la vie ; mais jamais au détriment de Dieu ; jamais au détriment de ton prochain et de l’amour que tu es appelé à porter, à partager.C’est cette exhortation que l’on retrouve dans le chapitre 3 : Dieu nous offre un nouveau statut et une nouvelle relation aux autres. Nous sommes appelés à devenir enfants de Dieu et à nous aimer les uns les autres.Je vous avais prévenu : évangile, ça décoiffe ; ça transforme ; ça secoue !Jean nous dit «  Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort ».Et pas la peine de s’acheter une bonne conscience : les indulgences n’existent plus ! Tu n’aimes pas ? Tu es un zombie, un mort-vivant. Tu es dans la critique permanente parce que les autres ne font pas comme toi tu dis ? Tu es un zombie.Parce que notre relation à Dieu doit sans cesse nous transformer, transformer notre regard, malgré ce que nous sommes ; malgré notre passé ; avec ce que nous sommes. Nous qui sommes aimés de Dieu avec ce que nous sommes qui parfois manque de clarté, comment osons-nous ne pas aimer l’autre ? ne pas lui pardonner ? le critiquer ou faire circuler des rumeurs ?La relation à Dieu doit nous encourager, nous tous, chacun, à travailler à aimer l’autre, les autres. Tous les autres.Il y a c’est vrai une terrible exigence dans ces paroles. Dieu est exigeant envers ses enfants de lumière. Et on retrouve cette exigence bien concrète dans ce chapitre 3: «  Petits enfants, n’aimons pas en parole ni avec la langue, mais en action et en vérité ».Si nous nous nourrissons de la parole de Dieu, si nous regonflons nos batteries avec lui, et que nous repartons dans notre petit monde plutôt confortable sans être en action auprès des autres, de tous ceux qui ont besoin de notre soutien…et bien on a rien compris à l’Evangile ; rien compris au message de jésus-Christ qui n’a créé aucune commission pour guérir, pour relever, pour se rendre impur en touchant les lépreux.

Luther n’aimait pas l’épitre de Jacques qu’il appelait «  épitre de paille », parce que Jacques y parle des œuvres alors que Luther voulait vraiment faire comprendre à ses contemporains que le salut est par grâce, par le moyen de la foi, et non par les œuvres…Mais j’aime Jacques qui écrit : «  Mes frères, à quoi bon dire qu’on a la foi, si l’on a pas les œuvres ? ».La foi et l’action peuvent-elles être séparées ??? la confiance , la relation à Dieu peut-elle demeurer stérile ? Dieu ne nous demande-t-il pas de relever nos frères et sœurs en humanité, d’être là, avec amour,  par amour, et non pas comme des êtres supérieurs faisant la charité quand nos commissions le veulent ?L’avant-dernier chapitre nous annonce « que Dieu est amour ». Vous rendez-vous compte du Dieu que nous avons ? Il est lumière ; Il est amour… Pouvons-nous, avec un tel Dieu, nous fondre juste dans la masse des indifférents, des agressifs, des égoïstes, des racistes, des excluant, des haineux, des égocentriques, des blesseurs ?Le Dieu de Jésus-Christ, lumière et amour, nous secoue ; veut nous bouleverser de cette lumière et de cet amour. Pour changer notre vie, notre quotidien ; nos pensées, nos cœurs ; pour nous libérer de nos esclavages afin de devenir nous même lumineux, et aimants. Seul, je crois que c’est impossible. Mais avec le Dieu de Jésus-Christ, TOUT est possible !N’est-ce pas pour nous un appel à la nouvelle naissance ??? comme le dit enfin le chapitre 5 : les croyants naissent de Dieu par la foi au Christ.La foi, la confiance au Christ. Et bien oui, si nous sommes là ce matin, c’est forcément qu’il y a au moins un petit quelque chose… Mais justement, le Dieu de Jésus-Christ nous appelle à être autre chose que des petits quelque chose.La foi en Jésus-Christ, c’est vraiment mettre notre totale confiance en Celui qui, fils de Dieu, est venu secouer les cocotiers des bien pensants, les normes bien établies, les attitudes encroûtées ; les traditions sclérosantes. Et il l’a tellement bien fait qu’il en a été crucifié. L’apôtre Paul a tellement secoué le cocotier qu’il a été assassiné ; Luther a tellement secoué le cocotier qu’il a été mis au ban de l’empire, excommunié…La foi en Jésus-Christ, très chers frères et sœurs, ce n’est pas une tradition, c’est une relation. Une relation avec celui qui a remué tant de choses ; une relation avec le crucifié, qui a porté tout ce que nous ne pouvions porter seul ; et surtout, une relation au ressuscité.

Et si nous ne croyons pas cela, alors, nous nous adressons à un tombeau ; à un mort. Et n’insistons pas ; nous sommes morts nous-mêmes.Jésus, Paul, Pierre, Luther, s’ils étaient là, taperaient ensemble dans nos fourmilières ;  dans nos traditions ; dans nos paroles sans amour ; dans nos fois nécrosées ; dans nos fièretés mal placées ; dans nos façons d’être « chrétiens insipides ». Ils nous diraient peut-être en chœur «  En quoi êtes-vous lumière du monde ? en quoi êtes-vous sel de la terre ? ».La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que le Dieu de Jésus-Christ nous appelle, sans cesse, sans se lasser, pour que nous mettions de côté notre « seule culture protestante » pour une relation véritable, nourrie, nourrissante avec Lui. Il nous appelle à revoir nos valeurs, nos tentations d’être comme tout le monde, sans que l’évangile ne change rien à nos vies, à nos relations, à notre pardon si dur à donner ; à notre amour si lent à venir.

Les 500 ans de Luther, ce n’est pas un mort que l’on déterre avec fièreté ; c’est le Vivant, Jésus-Christ, que nous sommes appelés à annoncer et à vivre en nous et avec tous nos contemporains.Vraiment, avis de forte tempête pour cette année Luther ! Mais éclairés et apaisés comme cette phrase du prieur du Monastère de l’Atlas, Christian de Chergé : Et le Verbe s’est fait FRÈRE « Dieu a tant aimé les hommes qu’Il leur a donné son Unique : et le Verbe s’est fait FRÈRE… frère de Pierre, de Judas et de l’un et l’autre en moi ! »

Amen